
Ils ont été traités de toute sorte de
qualificatifs; vins d’été, vins populaires, vins
bon marché, vins faciles à boire, vins de femme,
et ils ont eu longtemps la mauvaise réputation
d'avoir été produits par dépit, par des
vignerons qui ont dépassé leurs quotas de vins
rouges. Au delà de toutes ces perceptions, pour
la plupart biaisées, les bons rosés recèlent une
bien plus grande complexité et diversité qu'il
n'y paraît.
Le vin rosé est un produit très difficile à
élaborer, car il faut réaliser un savant
équilibre entre une trop importante prise de
couleur et une saisie optimale d’arômes de
fruits rouges. Chaque année, les variantes
climatiques empêchent d’appliquer une recette
idéale et répétitive aux résultats garantis.
Tout repose sur une parfaite maîtrise des
techniques de réfrigération, comme pour les vins
blancs.
Plus à la mode que jamais
Très
populaires, ils ne connaissent pas la crise et
jouissent même des faveurs grandissantes des
amateurs de vin. Les rosés, comme les
hirondelles, annoncent les beaux jours et sont
souvent très appréciés lorsque la température se
réchauffe. Normal, les qualités principales de
ces vins tournent autour de la notion de
fraîcheur. Tout d'abord, fraîcheur des arômes :
petits fruits rouges genre groseille, framboise
ou bonbon acidulé. Ensuite, fraîcheur de la
température : il faut impérativement les
rafraîchir à l'aide d'un seau d'eau abondamment
garni de glaçons, afin de les servir vers 10 °C
À cette température, le caractère fruité
dominera le côté chaleureux de l'alcool.
À part le Champagne rosé qu'il est permis de
faire par mélange de vin rouge et de vin blanc,
le rosé est toujours issu de raisins noirs ou
gris auxquels on fait subir une macération plus
ou moins longue. Par ailleurs, le rosé est
rarement fait par macération d'un mélange de
raisins noirs et blancs, car la macération —
même courte — d'un tel mélange est difficilement
contrôlable.
Le rosé de
saignée
Il s'agit d'une vinification en rouge, mais
avec une macération beaucoup plus courte,
méthode la plus ancienne et la plus courante
aujourd'hui encore. Le raisin rouge, foulé est
mis en cuve. Au bout de quelques heures, lorsque
le vinificateur juge que la couleur désirée est
atteinte, il retire une partie du jus de la
cuve. Cette fraction liquide, n´étant plus en
contact avec la peau du raisin, ne pourra plus
s´enrichir en tanins et en anthocyanes et
conservera sa couleur et sa structure initiale.
Le jus rosé est alors versé dans une autre cuve
pour la fermentation alcoolique. Plus tannique
que le rosé de presse, il subit la fermentation
malo-lactique. Cette méthode est appréciée dans
les régions dont le climat ne permet pas
d'obtenir naturellement des rouges assez
profonds, car le vin restant dans la cuve
saignée est plus concentré (puisque le rapport
peau/jus est plus grand).
Le rosé de
pressurage
Le
raisin rouge est foulé puis pressuré. Le jus
d´égouttage est mélangé aux jus de presses
jusqu´à l´obtention de la couleur désirée. En
général après foulage ou macération
pelliculaire, les raisins sont pressés, puis on
effectue une vinification « en blanc ».
Plusieurs pressages sont effectués pour extraire
les pigments. Ce procédé donne un vin vif et
léger — car pauvre en tanin — à boire jeune. Le
vigneron recueille les premières presses, les
moins colorées et les moins tanniques, pour
élaborer un vin rosé.
Le rosé de cépage
Certains cépages (gris ou
rosé), faibles en couleur, même après une
longue macération ne donnent que des rosés :
« des vins gris ». C'est un vin rare. Par
exemple, le poulsard — cépage à peau et jus
roses — est vinifié en rouge. On procède à
une macération longue pour extraire un
maximum de couleur et d'arômes. Souple et
fruité, c´est plus un vin rouge léger qu´un
véritable rosé. Vin de comptoir et de «
pique-nique » par excellence.
Dans certaines régions viticoles
européennes, le rosé sera obtenu pour la
cuvaison d´un mélange de cépages rouges et
blancs.
Les différences
Dans
le Bordelais et dans les vignobles
septentrionaux, le rosé est issu d'un cépage
unique rouge, vinifié en blanc. Les
vignobles du nord font surtout des rosés
parce que des difficultés de maturation
s'opposent à l'obtention de bons rouges.
Ailleurs, les rosés sont issus de plusieurs
cépages, rouges et gris, et il est alors
permis de mélanger les raisins. C'est le cas
du Tavel, des Côtes du Rhône, Côtes de
Provence, et de tout le Sud-Ouest. Les
Provençaux pratiquent l'une ou l'autre des
deux premières méthodes, selon le cépage,
puis ils assemblent les vins produits
séparément.
À table, privilégiez les « gris » sur les
poissons grillés ou les coquillages. Les
rosés de saignée seront de meilleurs
compagnons de vos barbecues. Comme le floral
et charnu « Tavel » (Côtes du Rhone près du
pont du Gard), l'élégant « Bordeaux clairet
», le solide « Marsannay rosé » (Pinot Noir
de Bourgogne), les splendides « Coteaux
Varois », les archiconnues « Côtes de
Provence » et « Coteaux d'Aix » (les
meilleurs domaines ont fait beaucoup de
progrès!), les très concentrés rosés du
Sud-Ouest (Bergerac, Gaillac, Cotes du
Marmandais...), et enfin le prestigieux «
Bandol » (près de Cassis).
Qu'ils soient de saignée ou de pressurage,
les vins rosés sont désormais vinifiés comme
de grands vins. Les rosés de nos vacances
valent désormais bien mieux que leur image
de « petits vins ». Le rosé est donc le vin
d'été par excellence même si on devrait
prendre l'habitude d'en consommer à longueur
d'année. Mais attention, son caractère léger
et fruité peut cacher le fait que cela reste
du vin... et donc qu'il contient aussi de
l'alcool (± 12°)! Alors, comme en toute
chose, la modération a bien meilleur goût.
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