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moins de 10 millésimes du « Clos de Tart » à
l'honneur, préparés et présentés par Sylvain
Pitiot, régisseur depuis 1996 de ce
merveilleux domaine Bourguignon, lors de
cette inoubliable dégustation du 2 février
dernier. Une expérience sensitive et émotive
à travers laquelle on a pu remonter le temps
du millésime 2005 jusqu'à l'année 1996.
Cette journée-là, je me suis senti béni de
plusieurs façons. Béni tout d'abord de faire
ce métier qui me permet d'apprécier des vins
de si grande qualité, béni également de
pouvoir assister à cette dégustation, fruit
du travail de M. Luc Provencher de l'Agence
Charton Hobbs, qui représente ce Domaine et
qui a fait un boulot remarquable pour mettre
en place cette dégustation verticale
anthologique. Béni aussi, de cette
opportunité de flirter avec ce que la
Bourgogne a à offrir de meilleur, de la chance
de pouvoir regarder, sentir et goûter des
vins marqués par leur terroir, leur
millésime, et par le talent des gens qui
oeuvrent à faire de ce vin, un nectar si
unique.
Mais tout d'abord, afin de mieux comprendre,
quelques mots sur la Bourgogne…
Pourquoi cette région vinicole suscite
t’-elle tant d'émotions, tant d'envie
partout à travers le monde? Mentionnons tout
d'abord que dans cette région vinicole, qui
figure parmi les plus anciennes et les plus
illustres de la planète, les vinificateurs
sérieux consacrent leur vie à la protection
de leur lopin de terre, pour préserver la
complexité et l’infinie subtilité du
terroir. Aucun autre vin n’exprime son
appartenance géographique comme celui de la
Bourgogne et c’est cette qualité qui inspire
le respect de ses nombreux inconditionnels.
Il est dit qu’en Bourgogne, le terroir parle
comme nulle part ailleurs. Et la vigne est
son interprète. C’est pourquoi les amateurs
de vins bourguignons se plaisent tant à
explorer les différences qui existent entre
les vins d’un vignoble et ceux d’un autre.
Après tout, c’est en Bourgogne que la notion
de terroir a vu le jour. En Bourgogne, le
terroir est d’une telle importance que le
producteur se fait discret et laisse toute
la place au vignoble. On y cultive le pinot
noir et le chardonnay, deux cépages connus
pour leur extraordinaire capacité à exprimer
l’essence du terroir. D’un village à
l’autre, d’un vignoble au vignoble voisin et
parfois même d’un rang de vignes au suivant
au sein d’une même parcelle, le vin de
Bourgogne possède une personnalité qui lui
est propre et que l’on est en mesure de
reconnaître.
Clos de Tart, un merveilleux domaine…
Un domaine composé de 7 hectares et demi en
un seul tenant et dont le vignoble est
entouré d’un mur formant un « Clos ». Depuis
1932, la famille Mommessin en est l’unique
propriétaire, ce qui fait de ce domaine un
monopole. Localisé au cœur de la Côte de
Nuits à Morey-Saint-Denis chez l’un des cinq
Grands Crus de ce village, le Clos de Tart
est dirigé depuis 1996 par Sylvain Pitiot.
Le vignoble est âgé d’environ 55 ans et la
sélection massale est pratiquée pour
perpétuer un patrimoine génétique propre au
pinot noir du Clos de Tart. La viticulture
se fait par production intégrée c’est à dire
à la fois écologique et un peu biodynamique
dans le respect du terroir et de
l’environnement global.
Et maintenant, parlons du vin...
Sylvain Pitiot sépare les dix millésimes que
nous avons à apprécier en deux types, soit
ceux provenant de millésimes dits
classiques, 1996-1998-1999-2001-2004; et
ceux de millésime plus chaud et sec et de
récolte précoce, soit les
1997-2000-2002-2003-2005.
Débutons par le 1996.
Un vin exceptionnel! Dans mon verre brille
une robe rubis intense aux reflets grenat.
Le nez discret, s’ouvre dans le verre sur
des notes de torréfaction, une pointe
d’eucalyptus, puis viennent les fruits
rouges. L’attaque est franche et gourmande.
Merveille d’équilibre de la prise en bouche
jusqu’à l’extinction des feux. Et ça dure,
ça dure. Que dire? Rien. Le temps s’arrête.
Juste une larme d’émotion.
Puis, le 1997.
Incroyablement élégant, intense et tout en
finesse. Malgré son âge, il fait preuve de
beaucoup de charme avec ses flaveurs de
pruneaux, de cerises, ses notes évolutives,
ses nuances de vanilles et son boisé
parfaitement intégré. La bouche s'exprime
dans un équilibre parfait et se distingue
par sa formidable texture.
Viens ensuite le 1998.
Issu d’un millésime classique en Bourgogne,
il se distingue par une attaque fraîche et
une texture encore astringente provenant de
ses tanins qui ont encore besoin de temps
pour s’intégrer. On y retrouve des aromes de
griottes sauvages, de cassis, de cacao puis
de réglisse. Ce 98 vit une période ingrate,
mais dans quelques années, lorsqu’il aura
intégré son élevage, il pourra alors révéler
son vrai profil. Remarquable persistance des
saveurs.
Suivi du 1999.
Le 1999 se distingue avec un nez grisant,
exprimant des parfums de cerise et de petits
fruits rouges. La netteté et la précision
des arômes sont remarquables. Beaucoup de
matière, mais aussi beaucoup de finesse et
d'amplitude. La persistance des flaveurs est
éblouissante et cette finale tout en fruit
qui s'étire... Incroyable!
Et le 2000.
Il présente une belle robe vive et soutenue.
Le nez est frais et fruité, exhalant des
odeurs de cerise avec des notes de tabac. En
bouche, bien que démontrant un bel équilibre
entre la matière et l'acidité, il semble un
peu plus rigide et exprime un beau potentiel
de développement. Encore une fois, la finale
très longue étonne et charme.
Arrive le 2001.
Le plus classique du lot. Une robe brillante
et lumineuse, un nez s'exprimant avec
finesse et élégance sur des effluves de
petits fruits rouges, de cerise, et de
fleurs rehaussés par un boisé très intégré.
Envoûtant et somptueux en bouche, il dévoile
des flaveurs persistantes de fruits et de
fleurs comme la pivoine et la rose. Du
velours en bouche, de la dentelle en
bouteille.
Splendide!
Suis le 2002.
Wow! Fascinant. Une robe rubis scintillante
nous invite à humer ce vin charmeur aux
parfums de cerise kirsch et de fruits noirs
rehaussés d'un fin boisé et de touches de
moka. Une amplitude incroyable, beaucoup de
matière, une texture de velours et une
acidité merveilleuse qui équilibre
parfaitement ce vin qui a encore de très
nombreuses années à vivre. Une persistance
des flaveurs ahurissante, une complexité
étonnante et une finale inouïe. Énorme
potentiel!
Quant au 2003.
Atypique et exubérant! Millésime solaire
oblige, on lui reconnaît des accents de
sudiste. Tout de même, le Clos de Tart 2003
présente beaucoup de maturité et de ce fait
un haut degré alcoolique, soit environ 15
degrés. Beaucoup de matière, beaucoup de
fruits, tels que cerise et pruneaux,
accompagnés de touches de poivre noir et de
réglisse. Il aura besoin de beaucoup de
temps pour atteindre son apogée, peut-être
plus de 20 ans. J'espère vivre assez vieux
pour y goûter à ce moment-là!
Talonné par le 2004.
Droit comme un chêne, il vivra vieux! D'une
netteté éblouissante, d'une précision
chirurgicale, d'une vivacité exemplaire,
c'est un bourgogne très réussi, très
prometteur. Encore là, la persistance des
flaveurs est extraordinaire et le charme de
ses parfums de cerise, de fumée et de tabac
fin est incomparable. Il se distingue par un
nez très élégant d'une grande complexité et
par une texture en bouche d'une amplitude
que seuls les grands Bourgognes savent
atteindre.
Et la grande finale, le 2005.
Quel vin! Quelle émotion de réaliser que
l’on retrouve réunis dans une même bouteille,
un grand millésime, un grand terroir, un
grand cépage, et le talent d’un grand
vigneron! Le résultat est plus que
prometteur et les mots arrivent à peine à
traduire la grandeur de ce que deviendra ce
vin.
Tiré directement des fûts, l’échantillon que
nous avons eu la chance d’apprécier laisse
présager la venue d’un grand vin qui
marquera les annales viticoles de la
Bourgogne. Impressionnant!
À la lumière
de cette dégustation, une fois de plus, la
démonstration est faite que pour livrer le
plein potentiel de leurs expressions, les
grands vins de Bourgogne ont besoin d’un
temps de vieillissement adéquat. Vous pouvez
les consommer rapidement si vous le voulez,
mais les émotions qu’ils sont capables de
susciter valent la peine de les attendre au
moins une décennie lorsque ce n’est pas
deux. Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut
vraiment comprendre ce qu’est un grand vin
de Bourgogne. Ici, sont encore disponibles à
la SAQ les millésimes 2001, 2002, 2003 et le
2004 sera disponible sous peu. Quitte à vous
mettre à plusieurs, je vous invite à vous
procurer une bouteille d’un de ces
merveilleux vins et de la mettre en cave
quelques années… et là… vous vivrez
l’émotion!
Merci à Sylvain Pitiot, d'avoir fait naître
un si beau nectar et d’avoir résisté aux
chants des sirènes « nouveau mondialiste »
en préservant cette grande tradition
bourguignonne et ce savoir-faire si unique.
On ne peut qu’être admiratif devant ces
expressions uniques d’un génie viticole
aussi rétif à la standardisation.
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