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fil des ans et des séances de dégustations
qui se succèdent à un rythme fou, rare sont
les moments où un vin, réussi à nous
émouvoir, à arrêter le temps, en nous
plongeant dans une sorte d’ébahissement,
quelquefois assez troublant.
Certes, tous les jours on fait la rencontre
de bons vins, de vins qui nous animent, qui
nous intéressent, qui nous excitent même.
Dans ce métier de chroniqueur-vin on a la
chance de découvrir régulièrement des vins
agréables, très bien faits, tout à fait
satisfaisants, comme il nous arrive
quelquefois aussi d’en découvrir de vraiment
très bons, d’excellents vins, bien
supérieurs à la moyenne. Mais rarissime sont
les occasions où nous sommes émus, presque
bouleversés par un vin. C’est l’apanage des
«grands vins».
Non seulement ce sont des moments uniques,
mais ils surviennent souvent au moment où on
s’y attend le moins. Pour moi, le dernier de
ces moments magique est survenu un lundi
soir du mois de septembre 2007, dans les
locaux de l’agence Charton Hobbs, qui
représente au Québec la maison Delas frères,
où j’avais été invité avec d’autres
confrères-journalistes et invités spéciaux à
déguster plusieurs vins de Delas.
Peut-être aurais-je dû m’y attendre, car
après tout, on m’avait informé à l’avance
des vins qui nous seraient présentés pour
notre appréciation ce soir-là.
Effectivement, mais dans mon souvenir, ce
dont je me rappelais de la maison Delas
frères et de ces vins que je n’avais pas
goûtés depuis des lunes, c’était, pour être
franc, que cette maison me semblait un brin
sur son déclin, n’évoluait plus, n’allait
nulle part, un peu poussiéreuse dans ces
manières de faire, et surtout, n’arrivait
pas à produire des vins qui étaient à la
hauteur de son formidable terroir.
Or,
bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis
ce temps. Non seulement la maison
champenoise Deutz, qui en est propriétaire
depuis 1977, y a investi plusieurs millions
de dollars, mais ils ont également engagé
l’œnologue Jacques Grange, qui est en grande
partie responsable de la renaissance
qualitative des vins de la maison Delas,
grâce à la qualité de son travail, de sa
rigueur et à son talent hors du commun.
Ce fut une formidable séance de dégustation,
organisée comme une sorte de crescendo, qui
débutait par l’appréciation d’un
Châteauneuf-du-Pape, puis d’un Crozes
Hermitage, suivi de 2 St-Joseph, de 3 Côte
Rôtie, d’un Cornas, et finalement
l’apothéose… 3 Hermitage. Ce soir-là, j’ai
eu le privilège, non seulement de savourer
de très bons vins, mais aussi de grands
vins, de véritables œuvres d’art. Ce fut
aussi une belle occasion de redécouvrir la
maison Delas qui vit une véritable
renaissance, présentant des vins d’un niveau
qualitatif exceptionnel, mais ce fut surtout
une de ces rares occasions de vivre de beaux
et rares moments d’émotions suscités par des
vins incomparables telles que les cuvées «
Hermitage Les Bessards ». Pendant un bref
moment, à la dégustation de ces Hermitage,
j’ai même eu l’impression de ne plus toucher
à ma chaise! Lévitais-je? M’élevais-je vers
le ciel? Dieu seul le sait, mais quoi qu’il
en soit, laisser moi vous dire quelques mots
sur ces vins.
Voici les vins qui étaient en dégustation;
•
Châteauneuf-du-Pape, Haute Pierre 2005
• Crozes Hermitage, Le Clos 2005
• St-Joseph, Les Challeys 2004
• St-Joseph, Ste-Épine 2005
• Côte Rôtie, La Landonne 2004
• Côte Rôtie, Seigneur de Maugiron 2005
• Côte Rôtie, La Landonne 2005
• Cornas, Chante Perdrix 2005
• Hermitage, Les Bessards 2003
• Hermitage, Les Bessards 2004
• Hermitage, Les Bessards 2005
Tout
d’abord les point communs et les généralités
Bien que
ce soit des vins de garde qu’ils soient
préférables d’attendre un peu, les vins
du millésime 2004 ont tous paru un peu
plus charmeurs et accessibles,
c'est-à-dire plus agréables à consommer
maintenant que ceux des autres
millésimes. Les 2005, plus carrés, plus
musclés, opulents et costauds sauront
récompensés au centuple tous les sages
qui se procureront ces vins (surtout les
Côte Rôtie et les Hermitage) dans ce
grand millésime qu’est 2005 et qui
auront la patience de les mettre en cave
au moins une dizaine d’années. Plus
qu’un investissement, c’est un billet
pour le ciel!
Tous ces vins, me semble-t’il, portent
l’empreinte de l’œnologue Jacques
Grange, c'est-à-dire une sorte de
digestibilité ahurissante pour des vins
de cette puissance et de cette
corpulence. De plus, quel équilibre!...
Un funambule ne ferait pas mieux.
Finalement, l’élégance et la finesse de
ces vins sont tout à fait remarquables,
à couper le souffle.
Nul doute dans mon esprit, les grands
vins de ce monde proviennent tous de
grand terroir, spécifiquement adapté
pour qu’un cépage bien précis arrive à
exprimer le summum de sa personnalité et
de ses caractéristiques sur ce terroir
bien particulier. Ainsi, le Pinot noir
atteint des sommets inégalés en
Bourgogne, le Merlot à St-Émilion, le
Sangiovese en Toscane, le Malbec à
Cahors… et la Syrah est reine dans la
Vallée du Rhône. Tous les vins dégustés
cette soirée-là, issue à 100 % de Syrah
(sauf le Châteauneuf-du-Pape), en sont
une démonstration éloquente. Nulle part
ailleurs, la Syrah n’atteint de tel
sommet.
Une
des choses à retenir de cette dégustation
est que la maison Delas vit un renouveau
qualitatif important et que les vins de
cette maison sont des vins à suivre, à
surveiller, à attendre et surtout à
savourer.
Aujourd’hui, les vins de Delas qui sont
disponibles à la SAQ sont le St-Joseph, Les
Challeys 2004 (106782450) en spécialité, et
le remarquable Hermitage Les Bessards 2003
(10773381) qui est mentionné dans le dernier
numéro du magazine promotionnel de la SAQ,
Cellier. Les Côte Rôtie La Landonne 2004
(00702290) et Seigneur de Maugiron 2005
(10676611) seront aux succursales Signatures
en novembre 2007, le Châteauneuf-du-Pape
Haute Pierre 2005 (10857067) fera quant à
lui partie du Courrier vinicole Les Grands
Vins du Monde en février 2008. Les autres
vins seront disponibles dans les succursales
Signature de la SAQ au courant de 2008.
Passons
donc à l’appréciation de quelques un de ces
vins
Châteauneuf-du-Pape, Haute Pierre 2005
(10857067) 35.25 $
Provenant d’un des secteurs les plus secs
des Côtes du Rhône, dont les cailloux
recouvrant le sol emmagasinent la chaleur du
soleil pendant le jour pour la restituée
pendant la nuit créant ainsi un effet de
four, ce Châteauneuf-du-Pape Haute Pierre
2005, issu d’un assemblage de Grenache (90
%) et de Syrah (10 %), déploie des arômes
intenses de fruits rouges, de cuir, de moka
et d’épices. Beaucoup de volume en bouche,
puissant et capiteux, il surprend avec une
belle minéralité et des tanins fins très
bien intégrés.

St-Joseph, Les
Challeys 2004 (10678245) 26.75 $
Une belle réussite que ce superbe St-Joseph,
tout à fait digeste et friand. La Syrah
s’exprime ici de façon élégante. D’un beau
rubis, presque opaque, cette cuvée Les
Challeys 2004 impressionne par la netteté de
son fruit et par sa fraîcheur. Ses invitants
arômes de cassis, de fraise et de framboise,
rehaussés par des notes délicatement boisées
en font un vin charmeur et accessible qui
fait preuve en bouche d’une belle amplitude
et d’une trame tannique d’une belle finesse.
Harmonieuse et équilibrée, cette Syrah
savoureuse se termine sur une finale
agréable aux saveurs de fruits et de fumé.
Côte Rôtie, La
Landonne 2004 (00702290) 116.00 $
Une des plus belles expressions de la Syrah
qu’il m’ait été donné de déguster! Une cuvée
tout à fait sensationnelle, issue d’une
sélection parcellaire et élaborée que lors
de très grandes années. Un vin d’un
raffinement incroyable aux parfums
envoûtants de mûres, de cassis, de bleuets
appuyés par un soupçon d’anis et de café
torréfié. Un Côte Rôtie à la fois dense et
charnu, tout autant que soyeux et élégant
qui se termine sur une hallucinante finale
d’une grande persistance. Une Syrah, racée
et aérienne, qui a la matière, la structure
et la vivacité suffisante pour vivre
facilement une vingtaine d’années. Un grand
vin!

Côte Rôtie,
Seigneur de Maugiron 2005 (10676611) 74.00 $
Un Côte Rotie 2005 plein de promesses. À
l’évidence, c’est un vin structuré et
construit pour la garde. Même s’il peut
sembler un peu austère pour l’instant, la
matière et l’amplitude de ce vin sont tout à
fait remarquables. D’une couleur, rubis aux
reflets pourpres, très intense, son nez
complexe et aromatique aux parfums rappelant
la cerise noire, les mûres, l’olive noire,
la réglisse, les épices, le tabac et le
cèdre nous en met plein les cils olfactifs.
Une Syrah, puissante et opulente, pourvue
d’une belle minéralité et dotée d’une
structure tannique serrée qui conjugue
habilement concentration et finesse. Le vin
idéal pour mettre en cave une dizaine
d’années.

Hermitage, Les
Bessards 2003 (10773381) 124.00 $
Quel vin! Un Hermitage exceptionnel, se
comparant à une œuvre d’art. D’une
incroyable extraction, ce vin puissant et
opulent démontre une finesse et un
raffinement tout à fait extraordinaire. Issu
d’une sélection parcellaire, élaboré que
dans les grandes années, cet Hermitage Les
Bessards est un vin de race. La Syrah nous
démontre ici toute sa splendeur et sa
richesse avec ses parfums complexes de
fruits noirs, d’épices, d’écorce d’orange,
de moka, de fumé, de réglisse et de
violette. Un vin d’une rare intensité qui se
distingue par un équilibre et une harmonie
ébahissante. Un Hermitage qui a la structure
nécessaire pour se garder plus d’un quart de
siècle.

Alors,
si vous êtes de ceux qui recherche de petits
trésors à mettre en cave, ces vins vous
combleront, car n’ont seulement ils sont
d’une qualité remarquable, mais leurs prix
reste encore sous-estimés. Bien entendu, on
ne s’offre pas un Hermitage tous les jours…
mais je vous le jure, il faut au moins une
fois dans sa vie de passionné du vin, goûté,
faire l’expérience de la dégustation d’un
grand Hermitage, quitte à vous mettre à 2,
3, ou 4 passionnés pour vous acheter ce
précieux nectar, car de toute façon, c’est
le type de plaisir et d’expérience qu’il
vaut mieux partager.
Crédits photos: -Luc Provencher
-Site internet Delas Frères. -----------------------------------------
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