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moment où il est entré dans la pièce, il
s'est installé immédiatement un climat de
respect, d'harmonie et d'admiration pour cet
homme fier, à l'air un peu moqueur, au
regard perçant, souriant et très alerte
malgré ses 83 printemps.
Aimé Guibert, légende vivante du Languedoc
venait d'arriver à Montréal pour assister à
l'événement Montréal Passion Vin, et en
profitait pour nous rencontrer, quelques
journalistes du vin, afin de nous livrer un
aperçu de la passion de son métier, du
respect de son terroir, et de l'amour des
belles et bonnes choses. En fait, de cet
homme éminemment sympathique, c'est beaucoup
plus que nous avons reçu, car à l'amour de
son métier et de son terroir, s'ajoutent une
conscience sociale extraordinaire, un amour
de la nature et de la terre hors du commun
et une vision extrêmement lucide de ce qui
se passe sur la planète tout entière. Un
homme qui nous rappelle que l'importance de
la qualité et de la beauté des choses
devrait toujours primer sur l'importance des
dollars.
C'est un beau discours que beaucoup ont
prononcé, mais rarissimes sont ceux qui,
comme lui, vivent selon ces principes, sans
compromis, de façon totalement intègre. Plus
qu'un beau discours, car cet homme a déjà
gagné des batailles épiques, posé des
gestes courageux et est toujours resté d'une
droiture remarquable, même dans les moments
les plus difficiles. Mais qui est donc ce
personnage?
Aimé
Guibert est le propriétaire et fondateur du
Daumas Gassac, une des réalisations les plus
spectaculaires dans le monde du vin depuis
le début des années 70. À cette époque,
fallait avoir des couilles pour planter sur
des coteaux d'Aniane des cépages différents
que ceux déjà utilisés dans cette région, et
surtout, de les planter à cet endroit. Mais,
il avait été convaincu par un géologue
visionnaire, Henry Enjalbert, que ce coin
pauvre, aride et caillouteux possédait
toutes les caractéristiques pour enfanter un
grand cru. Il a longtemps passé pour un
espèce d'illuminé dans son petit coin de
pays, surtout quand il annonçait les prix
élevés (pour des vins de pays) auxquels il
comptait vendre son vin. Mais grâce à la
qualité du produit, et à la critique
élogieuse de la presse spécialisée
anglo-saxonne, la gloire a finalement pointé
le bout de son nez, puis vint la
reconnaissance, et maintenant, il est devenu
pour plusieurs, une inspiration et un
modèle.
Plus qu'un vigneron, Aimé Guibert est un
homme d'une lucidité incroyable, peu
commune, qui pose un regard juste et
tranchant sur le monde. Pour lui, il existe
fondamentalement deux façons de produire du
vin;
— soit à la « moderne », c'est à dire
pousser les vignes à produire rapidement et
surtout massivement, quelquefois plus de
35000 kg à l'hectare. Peu importe si le jus
est déficient en sucre, en acidité, en
arômes, car on peut toujours s'en occuper
ultérieurement grâce à l'oenologie moderne
et à l'intervention de l'homme qui peut
manipuler le produit de façon à ce qu'il
conserve une parfaite homogénéité, même sur
un million de bouteilles et plusieurs
millésimes.
— ou, tout comme lui, à la façon d'un
vigneron
traditionnel
qui fera en sorte que ses vignes vivent un
siècle, tout en respectant leur rythme, sans
les « booster », même si ainsi elles
produiront dix fois moins. Le résultat est
un vin marqué par le millésime, le terroir,
les conditions d'une année et très peu par
l'homme.
Bien que son choix fut clair, il respecte
ceux qui ont choisi une façon différente de
faire. Il y a de la place pour toutes les
façons de faire. Là où il s'insurge, c'est
contre ceux qui utilisent les mots et le
langage des vignerons pour vendre ou décrire
leurs produits industriels. Et il a bien
raison, car l'un n'a rien à voir avec
l'autre.
Avant de fonder Daumas Gassac, Aimé Guibert
était un industriel du cuir. La
mondialisation a tué cette industrie en
France en 1985. Cette expérience a été
marquante pour lui et avec Daumas Gassac,
Aimé Guibert était mieux préparé pour faire
face à cette menace. Convaincu de
l'importance de préserver le lien qui unit
l'homme à la terre, il dénonce les
multinationales, ces bandits qui dirigent le
monde et qui ne reconnaissent que l'argent
au détriment de la nature et de l'homme.
Ces convictions l'ont poussé dans une
bataille épique contre la multinationale
américaine du vin Mondavi qui comptait
s'installer dans la région d'Aniane. Ils
arrivaient avec leurs millions, voulaient
tout acheter, tout raser, pour profiter de
ce terroir exceptionnel. Les politiciens
locaux leur avaient promis le massif de
l'Arboussas, un terrain sur lequel il y a
une forêt protégée de 200 hectares. Or,
cette forêt procure la fraîcheur de l'air,
la qualité de vie aux résidents, offre les
joies de la traque pour les chasseurs et est
aussi un lieu de promenade pour les
randonneurs du dimanche. Plus que tout,
c'est un espace communal qui appartient à
tout le monde, donc pas question d'arracher
cette forêt et de priver l'homme de cette
nature. C'était David contre Goliath. Il
s'est battu et il a gagné. Les Mondavi sont
retournés bredouilles chez eux.
Pour
les mêmes raisons, et c'est à cause des
mêmes convictions, que le tiers de la
surface du domaine de Daumas Gassac est
resté à l'état sauvage. Étant donné
l'immense succès des vins de Daumas Gassac
il peut être tentant de tout raser et de
planter plus de vignes, produire plus et
vendre plus. Mais pas pour cet homme qui a
compris que la nature c'est un tout et que
ces espaces sauvages contribuent à la
qualité de son vignoble et de son vin.
Ce respect de la nature environnante et de
la forêt de garrigue qui domine le paysage,
explique la grande complexité des vins de
Daumas Gassac, qui sont ainsi rehaussés de
la multitude de parfums des arbustes
méditerranéens (laurier, thym, lavande,
fenouil, romarin, menthe sauvage, etc.) qui
sont transmis aux vignes environnantes. Ce
sont ces caractéristiques qui font
tragiquement défaut dans les méthodes
modernes de monoculture de la vigne sur
d'immenses territoires sans autre végétation
que le vignoble.
Cette science, ce savoir et cette conscience
qui animent Aimé Guibert lui ont été
transmis par quelques personnes de première
importance dans son parcours. Tout d'abord,
il y a eu Henry Enjalbert qui l'a persuadé
que ce terroir pouvait engendrer de grands
crus. Puis, Émile Peynaud, qui entre autres
choses, l'a dirigé pour qu'il accepte
d'aider le terroir à s'exprimer dans ses
vins. Émile Peynaud était un oenologue
majeur qui a conseillé les plus grands
châteaux de Bordeaux (Margaux, Cheval Blanc,
Lafite Rothschild, Laville Haut-Brion,
Léoville Las Cases...). C'est cet oenologue,
probablement le plus grand du XXe siècle,
qui a formé et guidé Aimé Guibert et qui lui
a surtout transmis les notions et la
conscience du vin. Il lui a légué, plus que
tout, l'art de faire naître un vin fidèle à
un terroir.
Non seulement il a écouté et appliqué les
enseignements d'Émile Peynaud, mais il a su
les intégrer et, plus important encore, les
transmettre. Ses enfants sont maintenant
prêts à prendre la relève, et de toute
évidence, ce sera avec la même conscience
que celle du père. Cette philosophie de vie
et cette conscience ne sont pas uniquement
primordiales pour leurs applications dans la
production du vin, mais elles le sont tout
autant pour l'avenir de l'humanité. Merci M.
Guibert de nous le rappeler dans chacun des
flacons du Mas de Daumas Gassac.
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Les vins produits par la famille Guibert et
normalement disponibles au Québec, sont;
-Moulin
de Gassac, Terrasses de Guilhem,
(554105), prix 10.55 $
-Moulin de Gassac, Eraus 2006, (10269468), prix 16.30 $
-Moulin
de Gassac, Élise 2006, (602839), prix 14.15 $
-Mas de Daumas Gassac 2005, (714725),
prix 43.75 $
-Mas de Daumas Gassac, cuvée Émile Peynaud
2002, 198.00$
(n/d. prochain
arrivage non déterminé)
Pour connaître notre appréciation de ces
vins, cliquez sur le nom du produit.
Crédits photos:
-Site internet Daumas Gassac.
-A.Lebel.----------------------------------------- |