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Lumière sur les sulfites!
par Alain Lebel,
journaliste,
chroniqueur-vin |
Ce sont les mal-aimés du vin. On les rend
responsables de bien des maux, mais en fait,
ils sont de grands incompris. Vouloir
démoniser les sulfites dans le vin, c’est
comme si l’on voulait s’en prendre au sel
dans la cuisine. Ce n’est pas l’ingrédient
qui est nocif, mais le dosage!
Le sulfite est en fait un agent de
conservation utilisé depuis l’antiquité pour
la conservation des aliments. On le retrouve
sous plusieurs noms : soufre, SO2, anhydride
sulfureux, dioxyde de soufre, bisulfite de
potassium, métabisulfite de potassium,
comprimé Capden, conservateur E220… Pas
étonnant que beaucoup de gens aient de la
difficulté à s’y retrouver. Et même si les
ouvrages spécialisés y consacrent beaucoup
de places et que le sujet est bien complexe,
j’aimerais tenter ici de le simplifier.
Si vous n’aviez qu’une seule phrase à
retenir expliquant l’utilisation du soufre
dans l’élaboration du vin, ce serait; le
soufre est un antiseptique et un antioxydant
qui protège le vin contre les bactéries et
prévient les risques de détérioration liés
au transport et à la conservation.
Mais en réalité, le soufre est utilisé à
presque toutes les étapes de la production
du vin et son utilité est bien plus grande
et complexe qu’il n’y parait. Peu importe
sous quelle forme il est utilisé (liquide,
gaz, sel, capsule…), on nomme « sulfitage »
l’ajout de soufre sur le raisin, le moût ou
le vin. Voyons les principaux rôles qu’il
occupe dans l’élaboration des vins.
Antioxydant : On peut donc en
ajouter dans la cuve aussitôt le raisin
récolté. Il protège le moût comme le vin des
oxydations.
Antiseptique : On s’en sert
pour nettoyer les barriques et tout
l’équipement de vinification. Il protège le
vin des attaques bactériennes.
Contrôle des levures : On
l’utilise pour arrêter la fermentation et il
inhibe les levures.
Action dissolvante : Il
facilite l’extraction des anthocyanes qui
procurent la couleur, les tanins et les
arômes contenus dans la peau du raisin.
En général, le soufre est assimilé,
transformé, dégradé ou évaporé au fil du
processus. Toutefois, là où il semble y
avoir le plus d’effet négatif pour le
consommateur, c’est lorsqu’il est ajouté au
moment de l’embouteillage afin de protéger
le vin lors du transport et pour permettre
qu’il se conserve. Pourtant, cette opération
reste essentielle, sinon le vin pourrait
vite se détériorer, et dans certains cas, la
fermentation pourrait même redémarrer.
Dans le passé, le soufre a souvent été
utilisé de façon excessive, soit par
ignorance, soit par incompétence, ou même
pour cacher des défauts. C’est ce qui a
contribué à lui donner une bien mauvaise
réputation. De nos jours, avec l’avancement
de la science et des technologies, les
vignerons compétents maitrisent parfaitement
son utilisation et savent doser les
quantités utilisées. Ce qui illustre encore
une fois l’importance de différencier les
bons producteurs, des moins compétents.
Et la réglementation?
Au Québec, tous les vins commercialisés par
la SAQ, grand vin ou vin plus modeste, issus
de l’agriculture biologique ou pas,
contiennent des sulfites. Car, comme on l’a
vu, c’est essentiel à la stabilité du
produit. La SAQ a fixé la limite autorisée à
50 milligrammes par litre de sulfites libres
et à 250 milligrammes de sulfites combinés.
Or ce qui est étrange, c’est que la seule
obligation qu’impose la SAQ au niveau de
l’étiquetage des bouteilles de vin est que
la mention « contiens des sulfites » soit
sur l’étiquette. Cette mention est
complètement inutile, car tous les vins en
contiennent. Par contre, ce qui serait utile
d’indiquer, c’est la TENEUR en sulfites
d’une bouteille de vin. Ainsi, une personne
intolérante aux sulfites pourrait aisément
choisir entre une bouteille contenant 50
mg/l ou une autre en contenant 150 mg/l.
Allergie ou réaction aux sulfites?
La réaction aux sulfites n’est pas une
allergie, mais bien une sensibilité, une
intolérance. Les personnes sensibles ou
intolérantes aux sulfites peuvent éprouver
des maux de tête ou d’estomac, et dans les
pires cas, éprouver des réactions semblables
aux réactions allergiques potentiellement
très dangereuses. Si vous faites partie de
ceux qui sont sensibles aux sulfites, il
faut alors opter pour des vins qui en
contiennent le moins possible.
Quels vins choisir?
Étant donné que la teneur en sulfite n’est
pas indiquée sur l’étiquette, ce n’est pas
évident de faire son choix. Mais
généralement, on peut dire qu’il serait
préférable d’éviter les vins en vrac, tous
ceux vendus au dépanneur et en épicerie, les
vins en vinier ou en carafon, parce que ce
sont les vins qui dans la majorité des cas
contiennent le plus de sulfites. Il faut
donc viser la qualité. Des vins de
producteurs réputés, les vins bio ou plus
naturels, des vins secs, âgés, des vins
rouges (car ils contiennent généralement
moins de sulfite que les blancs), ou encore
des vins vendangés à la main. Mais surtout,
surtout, passer toujours votre vin en carafe
pour l’aérer et ainsi faire volatiliser une
partie du SO2 libre.
Le soufre a-t-il un goût?
Il a surtout une odeur caractéristique,
décelable selon la sensibilité du
dégustateur, et bien entendu, selon la
teneur en soufre. Pour certains, cette odeur
rappelle une allumette qu’on vient de
gratter, pour d'autres, elle évoque plus
quelque chose comme l’œuf pourri. Ainsi, un
producteur qui maîtrise mal l’utilisation du
soufre ou qui en utilise une trop grande
quantité verra l’expression du fruit dans
son vin masquée par ces odeurs désagréables.
De plus, on peut percevoir le soufre en
bouche par un picotement de la gorge. Bref,
bien que l’utilisation du soufre soit
primordiale dans l’élaboration des vins, la
maitrise de son utilisation reste
essentielle.
Comment contrer les effets négatifs des
sulfites?
Comme le soufre est nécessaire pour la
vinification et le transport du vin, mais
inutile au moment de la consommation,
l’idéal serait de trouver une façon de s’en
débarrasser juste avant la consommation.
Considérant aussi que le produit de
l’oxydation des sulfites est volatile,
c'est-à-dire que ce composé formé s’évapore
hors du liquide, la solution serait donc de
pousser les sulfites à la fin de leur vie
utile juste avant la consommation du vin.
Jusqu’à présent, le seul moyen d’aller dans
cette direction était d’oxygéner le vin en
le versant en carafe ou en le faisant
tourbillonner dans le verre. Reste que cette
méthode a ses limites. Mais, récemment j’ai
remarqué en testant nouveau gadget, conçu à
la base pour oxygéner le vin dans le but
d’en rehausser les arômes et les saveurs,
semble avoir un effet secondaire
appréciable, bien que non prévu au départ,
fort intéressant et bénéfique au niveau de
la diminution du taux de sulfites dans le
vin.
J’ai donc contacté l’entreprise Vinearius
qui est le distributeur de cette aérateur de
marque « Decantus », afin de vérifier mes
impressions. On m’a alors confirmé mes
impressions en me disant qu’effectivement,
en réponse à plusieurs commentaires reçus
qui allaient dans ce sens, ils avaient
décidé de mandater un laboratoire
indépendant, plus précisément le Laboratoire
Maska inc., localisé à St-Hyacinthe, pour
évaluer le taux de sulfites libres dans un
vin suite à l’utilisation du Decantus.
Les résultats ont été étonnants et
confirment mes observations. Le SO2
(sulfites libres) du vin provenant
directement de la bouteille échantillonnée
s’est alors élevé à 48 mg/L comparativement
à 22,4 mg/L pour le même vin provenant de la
même bouteille, mais qui avait été oxygéné
par l’aérateur Decantus. Dans ce cas, la
réduction des sulfites libres s’élève donc à
plus de 53 %.
À mon sens, cette réduction d’un peu plus de
la moitié des sulfites est un atout majeur
pour tous les amateurs de vin, spécialement
ceux plus sensibles aux sulfites. Et si en
plus d’utiliser ce gadget, vous choisissez
des vins produits par des vignerons
compétents et talentueux, le taux de sulfite
dans vos vins sera alors devenu infime et
vous pourrez ainsi dire adieu aux
désagréments des sulfites et profiter
pleinement de tous leurs avantages.
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