Jean-Claude Denogens
-Officier du Mérite Agricole (France)
-Confrère de la Confrérie Saint-Étienne Alsace

 

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                                                                                        Mirer ! Humer ! Goûter ! Extase !

   L’Alsace, son histoire, son vignoble, ses vins (...suite...)

    par Jean Claude DENOGENS 

Nous continuons vers le Nord, l’exploration de la route du vin qui constitue un pittoresque chemin des œnophiles. Cet itinéraire poétique est pour nos yeux ravis, un long ruban vert, qui court, sur le versant est des Vosges, au travers de coteaux plantés de vignes. Nous passons en revue ces vignobles au garde à vous. Voilà Kaysersberg, patrie d’Albert Schweitzer, sur laquelle semble veiller l’imposant donjon d’un château en ruines. Albert Schweiter (1875-1965), prix Nobel de la paix en 1952. Organiste, pasteur, musicologue, écrivain, médecin, il faut visiter le musée situé à côté de sa maison natale. La ville a conservé son aspect médiéval et son marché de Noël est devenu l’un des plus célèbres d’Alsace. Le domaine Weinbach, établi dans l’ancien clos des capucins, est l’un des plus réputés d’Alsace. Une dame infatigable ambassadrice des vins d’Alsace Madame Faller et ses deux filles, Catherine et Laurence, porte le blason de la qualité sur 27 ha de vignes, 12 sont en culture agrobiologique.

De nombreux rapaces hantaient autrefois les monts et les forêts d’Alsace qui étaient renommés pour leurs nids d’aigles… Ils y sont revenus, et cela, par les vertus, et l’obstination, d’un seul homme, J. Renaud. Au château de Kintzheim, véritable nid d’aigle, il a créé une volerie. Elle vaut le détour. Elle est devenue un centre très attractif et elle s’est intégrée à la fois dans le décor et dans l’esprit alsacien. On doit également à J. Renaud deux centres de réadaptation des merveilleuses cigognes, l’un à Kintzheim même, l’autre à Hunawihr.

La cave vinicole de Kientzheim regroupe 150 producteurs et propose des vins d’un bon rapport qualité-prix. Nous avions été en tant que dignitaires de la Confrérie des Œnophiles du Québec invités aux fêtes des vendanges et logés chez les producteurs. Je fus pris en charge par le domaine Paul BlancK. Je me souviens de ces aimables grands gaillards travailleurs infatigables, fêtard quand il le faut. On ne compte plus les récompenses dans cette famille vigneronne de père en fils depuis…1610 !

Nous avions l’ultime honneur d’être les impétrants pour l’intronisation dans l’ancienne et célèbre confrérie Saint – Étienne Alsace. Mon parrain était un des Blanck pour ce grand moment sympathique et une soirée conviviale vécue avec des amoureux de vins d’Alsace, une grande famille d’œnophiles passionnés.

Personnellement je raffole des vins d’Alsace, je les trouve frais et élégants, on n’y retrouve jamais le vulgaire mal de tête. Même avec eux comme compagnon tout au long d’un repas. Les grands banquets formidables, comme on sait les faire en Alsace, dont celui du prestigieux chapitre de la Confrérie St-Étienne en est un exemple.

Ces astucieux vignerons alsaciens, doivent certainement respecter l’aphorisme de Brillat-Savarin : « Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire ni manger. »

Les vins d’Alsace grâce à leurs finesses et leurs variétés peuvent accompagner tout un repas, des hors-d'œuvre au dessert, sans qu’il soit besoin de faire appel au vin rouge. Durant mon séjour en Alsace, c’est une expérience que les solides vignerons de la famille Blanck m’ont fait partager. C’est aussi une aimable tradition que les vignerons alsaciens très fiers de leurs vins fins aiment à nous faire tenter, tant la gradation des vins blancs appropriés à chaque mets relève des arts de la table.

Notre délégation Québécoise était constituée du docteur Samuel Letendre, Grand Maître, l’Abbé Bertrand Pomerleau, Grand Prieur, et Jean Claude Denogens, Fondateur et Grand Chancelier de la Confrérie des Œnophiles, ainsi que quelques amis fidèles de notre Ordre Bachique. Nous avions rendez-vous avec le Grand Conseil de la Confrérie Saint-Étienne Alsace au château de Kientzheim. C’était le 16 septembre 1978, le chapitre des vendanges.

La Confrérie Saint-Étienne Alsace
L’origine de la Confrérie est très ancienne. Héritière de la « Herrenstubengesellschaft » ce qui signifie « Société de Bourgeois » d’Ammerschwhir près de Colmar, qui réunissait dès le XIVe siècle vignerons et amateurs de bons vins, la Confrérie St-Étienne s’est étendue à tout le vignoble d’Alsace. Réorganisée en 1947, elle compte aujourd’hui plus de 2000 membres actifs à travers le monde, qui oeuvrent à la promotion des vins d’Alsace et à leur adaptation aux gastronomies contemporaines. Mis à part le banquet pantagruélique, l’esprit de la Confrérie n’a pas changé.

Elle est administrée par un Grand Conseil groupant les personnalités les plus marquantes du vignoble, dans le costume manteau rouge et chapeau noir ils proclament « Nul ne peut être Confrère de Saint-Étienne s’il n’aime la joie, la bonne chère et le vin d’Alsace ». Elle est une des rares Confréries où il ne suffit pas d’aimer le vin, mais où il faut surtout le connaître pour être admis en son sein. Le postulant doit en effet se soumettre aux épreuves viniques ordinaires « d’admission » qui consistent à savoir distinguer un vin ordinaire, un vin mi-fin et un vin fin. Ce premier examen passé avec succès, le postulant sera inscrit dans le registre de la Confrérie avec rang et titre de Confrère-Apprenti. Après un apprentissage d’un an, le Confrère-Apprenti peut se soumettre aux épreuves viniques du deuxième échelon. La Confrérie St-Étienne est la seule à pouvoir décerner le prestigieux sceau rouge apposé sur les bouteilles « Sigillées », pour obtenir cette distinction, les vins sont dégustés anonymement par un jury hautement qualifié. Chaque vin recevant le Sigille entre dans la grande Histoire du vin d’Alsace. Il figure à raison de 12 bouteilles, dans la prestigieuse oenothèque de la Confrérie qui en compte aujourd’hui plus de 60,000. Ce sont sans conteste les plus beaux vins de chaque Millésime, dont les échantillons les plus anciens remontent à 1834!

Pour être intronisé dans la Confrérie il faut des parrains, outre l’épreuve vinique, c’est un moment sympathique, un repas convivial vécu avec des amoureux du vin, c’est une grande famille d’œnophiles passionnés. Il y a toujours un folklore charmant de chant et de musique régionale qui accompagne le rituel d’intronisation. La Confrérie est courtoise comme il sied à tout chevalier défendant non plus la veuve et l’orphelin, mais le bon et vrai vin d’Alsace. La vocation principale étant donc la défense et l’illustration des vins d’Alsace.

Dans un décor somptueux, les réceptions rehaussées de costumes historiques prennent un relief extraordinaire, et le ton des cérémonies, d’une réelle dignité, soulève l’enthousiasme des invités. Pour honorer l’âme du vin, les fonctions des dignitaires de la Confrérie Saint-Étienne sont spiritualisées : il faut avoir l’art et la manière du compliment et le verbe juste pour tenir et animer un chapitre. Dans mes 4 décennies de randonnées au sein des Confréries Vineuses de France, j’en déduis qu’elles veulent jeter un regard sur nos angoisses inavouées. Elles font largement écho au rire énorme de François Rabelais, inspirateur génial du folklore bachique.

À suivre.


 

       
        
         Jean-Claude Denogens

             Officier du Mérite Agricole (France)
             Confrère de la Confrérie Saint-Étienne Alsace

 
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     Un mot sur l'auteur


L’AUTEUR Jean Claude DENOGENS est né le 25 août 1936 à Saint-Martin-de-Gurçon Dordogne, aimable village planté au milieu des vignes du Bergeracois. Bien né, puisque né au pays de Cyrano de Bergerac.

Issu d’une famille vigneronne dans le beau Périgord pourpre et or il y demeure jusqu’à son service militaire. Chemin faisant, il s’installe à Bordeaux Gironde ou il débute le journalisme au quotidien « La France ». Bien éduqué et bien instruit, puisque bercé en poésie au pays des trois « M » Montaigne, Montesquieu, Mauriac, illustres auteurs Vignerons et Bordelais. Il y rencontre celui qui sera son mentor, le célèbre Jean-Max Eylaud, docteur en sociologie, fondateur de la société des médecins amis des vins de France. Avec un goût passionné, pour la défense et l’illustration des vin de France en 1971, il fonde l’«Ordre du Mérite Œnophile» sous l’égide du poète écrivain-vigneron Bordelais le docteur Eylaud.

Puis 1972, la « Gazette des Œnophiles De Vigne en Bouche ». Première profession de foi de sa vocation vineuse. Installé au Québec depuis 1963, Jean Claude DENOGENS s’emploie, désormais sous le vocable de l’œnophilie, à servir avec une ferveur égale, à la fois Apollon (les lettres) Bacchus (le vin) et Saint-Vincent (patron des vignerons). Conférencier de renom, sous le thème « Mirer ! Humer ! Goûter ! Extase!» il fit le tour de la belle province de Québec y donnant une série de cours-conférences. En 2007, Jean Claude DENOGENS qui a collaboré à plusieurs quotidiens et magazines est le doyen des chroniqueurs spécialisés en vin.

Membre d’un grand nombre de Confréries vineuses et de la (FIJEV), Le fondateur Grand Chancelier des
Œnophiles Jean Claude DENOGENS est entre autres distinctions, un des rares journaliste français au Canada à porter le titre d’Officier de l’Ordre du Mérite Agricole Français.
 

   

 

 

 

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