Nous
poursuivons notre pittoresque route du vin
vers Strasbourg. On ne peut se rendre en
Alsace sans une visite dans la charmante
ville de Riquewihr trois étoiles au guide
vert de Michelin. Chaque année, plusieurs
millions de touristes franchissent ses
remparts. Cette petite ville garde, avec une
fidélité exemplaire, l’empreinte de son
passé et l’image de la vieille province
alsacienne, si riche d’Histoire. Plus
heureuse que ses voisins, elle a échappé aux
ravages des deux guerres mondiales.
Riquewihr est cerné par les vignes. C‘est
le vin qui a fait la prospérité de
Riquewihr, qui possède aujourd’hui deux
grands crus ; le sporen, favorable au
gewurztraminer et au pinot gris, et le
schoenenbourg, dévolu principalement au
riesling. Cette ville est la patrie de 2
maisons réputées, Dopff et Iron importante
maison de négoce et Hugel et Fils qui
cultive ses vignobles depuis près de quatre
siècles. C’est aussi celle de la maison de
Hansi le talentueux dessinateur et
caricaturiste colmarien.
C’est à table
que se forme les amitiés, en Alsace si mes
souvenirs sont bons, le temps consacré au
repas représente à cet égard un moment
privilégié.
La cuisine
alsacienne est très riche et très originale.
Ce pays européen est vraiment comblé sur le
plan des nourritures terrestres. Il produit
un vin blanc excellent qui compte beaucoup
de bons crus. L’Alsace possède une riche
basse-cour où se dodeline majestueusement
l’oie grasse, un gibier aussi nombreux que
divers puisque le gibier à poil y est
représenté par les cerfs, les daims, les
chevreuils, les lièvres et les lapins de
garenne, et le gibier à plumes par les
perdreaux, les faisans, les cailles, les
poules d’eau, les canards sauvages, les
gélinottes et les coqs de bruyère. Quant au
poisson, il est très abondant dans le Rhin
et ses affluents. Ajoutez à cela que
l’Alsace est une région qui offre une
charcuterie variée et savoureuse.
Les vraies
spécialités. Soupes et potages. La plus
populaire est évidemment la soupe au lard (
ou potée alsacienne ), mais il y en d’autres
: soupe à la bière, soupe à la choucroute,
le potage aux noisettes et le consommé
strasbourgeois.
Les
hors-d’œuvre. D’abord les charcuteries :
cervelas, galantine, langue fourrée de
Strasbourg, saucisses chaudes au raifort, le
Kalereï ( fromage de porc ), le boudin à la
langue, le jambon saumoné, les saucisses à
l’anis de Sélestat, la roulade de veau au
foie gras. Ajoutons les pâtés de brochet. On
apprécie aussi beaucoup la carpe aux
nouilles, la carpe farcie à l’alsacienne, la
carpe à la bière, les truites au bleu et le
flan aux écrevisses. Plats. Le plat
typiquement alsacien est la choucroute. Mais
il en est de toutes sortes, et les
gastronomes de Colmar ne sont pas d’accord
avec ceux de Strasbourg, sinon pour
reconnaître que celle que l’on sert dans
grands restaurants des deux villes n’est pas
la vraie. Donc, pour manger une vraie
choucroute, il faut aller dans les auberges
de villages. Vous pouvez goûter encore : le
coq au riesling, la fricassée de poulet à
l’alsacienne, le faisan garni aux choux, le
civet de lièvre aux nouilles.
Pour l’harmonie des mets alsaciens : Sur des
grenouilles, quelles soient « à l’anglaise
», à la béchamel, en beignets, au blanc… ou
en potage, la souplesse d’un Pinot Blanc (
ou « Klevner » ) fera merveille. Sur une
daurade ou un brochet, recommandons le «
Riesling », en raison de son côté « racé ».
Dans le domaine des viandes de volailles, le
Riesling par son bouquet délicat complète
très bien la saveur d’une volaille.
Pour le
mouton, le fruité du Riesling lui sied
parfaitement.
Le Fromage. Un seul : le Munster, par
contre, sur cette autre magnifique création
alsacienne qu’est le « Munster » à la pâte
crémeuse et d’un goût très relevé, le
capiteux d’un « Pinot gris » s’impose. Aussi
le gewurztraminer, ainsi que les bières.
D’après la
tradition, vers 855, pour fabriquer leur
munster, les moines se seraient inspirés du
gros géromé, une pâte alors très appréciée
fabriquée à Gérardmer, ville située de
l’autre côté des Vosges mais en territoire
Lorrain. Les deux fromages, très proches, se
disputeront pendant des siècles la première
place. Au début du Moyen Àge, les marcaires,
les paysans de Munster acquittaient leurs
redevances sous forme de fromages. Leurs
parfums reflètent toujours ceux des hauts
pâturages des Vosges, riches en herbes
épaisses et en graminées aromatiques. Le
lait provient de deux traites
mélangées,
celle du matin et celle du soir.
MUNSTER AOC
Croûte lavée, région : Alsace, Lorraine,
forme : disque. Lait de vache, cru, entier
ou partiellement écrémé. Pâte molle. Teneur
en matières grasses : 45% au minimum. Saveur
: franche, relevée.
À la fin du repas, sur le « Kougelhopf »,
pâtisserie haute de forme, saupoudrée de
sucre fin et faite d’une pâte où entrent
beurre, farine, raisins et amandes,
l’élégance d’un gewurztraminer confine à
l’harmonie parfaite.
Et, pour
couronner le tout, sur une glace ou sur des
fruits glacés, débouchez un grand Brut
blanc de blancs, le Crémant d’Alsace. Issu
des meilleurs pinots blancs qui lui
confèrent légèreté, élégance et fraîcheur,
il conclura en heureux œnophile-gourmand
votre repas par la célébration d’un succès
gastronomique alsacien.
Je n’aurai pas
eu le plaisir d’écrire ces harmonieux
conseils il y a trente ans. On trouve de
tout au Québec, mêmes des bons produits
Alsaciens.
À suivre.

Jean-Claude Denogens
Officier du Mérite Agricole (France)
Confrère de la Confrérie Saint-Étienne
Alsace